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Un pour tous, tous purins !

mercredi 12 avril 2017

Depuis des générations, sous beaucoup de latitudes, des végétaux ou des extraits animaux sont utilisés pour soigner. Le soin aux humains et à leurs animaux, qui prend le nom de phytothérapie, peut être étendu à d’autres êtres vivants : les plantes et le sol qui les nourrit.

Contexte juridique

Les préparations végétales connues sous le nom de « purins » sont, en fait, une famille? de préparations. Leurs intitulés : extrait fermenté, décoction, infusion, macération sont aussi utilisés — sauf « extrait fermenté » — dans les « tisanes » et plus généralement les préparations médicinales à base de « simples? » (soit les herbes médicinales).

Cette similarité avec la médecine est à l’origine d’un débat sur la légalité ou pas de ces préparations, de leur vente ou de leur enseignement. En effet, le soin des plantes, comme le soin aux animaux et autres humains, est sensé être sous la responsabilité des pharmaciens, vétérinaires et médecins et les préparations utiles aux soins sont sensées être des « médicaments » donc doivent être l’objet d’une homologation.

Définitions

Extrait fermenté :
Il se fait en menant une longue fermentation à une macération dans l’eau (de pluie de préférence). Le produit est prêt lorsqu’il n’y a plus de dégagement de bulles au remuage.
Infusion :
C’est le principe de la tisane (thé, tilleul, café…). Elle se fait en menant les plantes à ébullition dans l’eau puis en laissant refroidir. Préparations insecticide et insectifuge, à moindre efficacité que l’extrait fermenté.
Décoction :
Elle se fait en faisant bouillir les plantes. Après souvent une journée de trempage, on maintient le mélange, couvercle fermé, à bouillonner pendant 20 minutes à une heure. Pour les produits coriaces? : racines, prêle, consoude, sauge.
Macération simple :
Elle se fait dans un milieu liquide (huile, alcool, eau) qui facilite les échanges entre le produit et le liquide. Elle dure seulement 24 h, contrairement à la macération de l’extrait fermenté. On utilise l’huile pour l’ail, l’eau de pluie pour la plupart des autres macérations. Fongicide et/ou stimulant.

Principe de fonctionnement

Les extraits végétaux sont utilisés avec trois buts principaux :
• la stimulation de la vie du sol, support nourricier de la plante,
• la stimulation de la plante par le renforcement de ses défenses,
• la lutte contre les ravageurs par une action repoussante ou létale : faire fuir ou tuer les animaux, algues (mildiou), champignons parasites?.

Le premier but consiste à favoriser la vie microbienne et microscopique du sol. Elle sera surtout visible sur un sol ingrat. Un sol riche et vivant a peu besoin d’être stimulé.

Le deuxième est atteint par l’action élicitrice des extraits. Ce rôle d’éliciteur — ou de stimulateur — provoque une réaction de la plante (productions de substances défensives comme les tanins, etc.). Cette réaction se fait naturellement lorsque la plante ou ses voisines sont attaquées ou stressées. Il s’agit ici d’anticiper les défenses. Elle agit aussi sur la vie microbienne utile à la surface de la plante.

Le troisième est de limiter si ce n’est faire cesser des attaques parasitaires. Par la prévention, on renforce les plantes (c’est déjà le but précédent) ou on fragilise les parasites (spores?, etc.) avant leur développement. Par le curatif on détruit (rôle biocide) ou on chasse (rôle insectifuge, par exemple) pour laisser le temps aux auxiliaires d’intervenir.

Fabrication

Méthode

Les trois principes de macération (simple ou en « extrait fermenté »), infusion et décoction peuvent exister. C’est la macération de type « extrait fermenté » ou « purin » qui est la plus pratiquée selon une méthode plus ou moins commune :
1 kg de plantes et 10 litres d’eau de pluie (éventuellement déchlorer et décalcifier l’eau du robinet)
— brasser tous les jours
— attendre l’arrêt de la formation de bulles : 4-8 jours pour l’ortie, 15 jours pour la consoude
— filtrer (si l’on n’a pas déjà fait macérer les plantes dans un sac) avec un filtre fin en inox (passoire) ou en coton (éviter les toiles trop grossières qui laissent passer de trop grosses particules qui boucheront les pulvérisateurs.
— utiliser en dilution à 10 % avec de l’eau de pluie (5 % en pulvérisation) :

  • arrosage du sol
    • stimulation microbienne (action sur le microbiote racinaire et sur la vie du sol)
  • pulvérisation du feuillage
    • stimulation de croissance (on parle parfois d’engrais foliaire & action sur le microbiote aérien)
    • effets insectifuges et parfois insecticides
  • arrosage du compost (action de stimulation sur la vie microbienne utile).

On peut stocker au frais 1-2 mois (ortie) parfois plus (consoude), sinon conserver sous vide pendant 1 an.

Les plantes les plus utilisées

  • Ortie : stimulation, engrais azoté, insectifuge sur pucerons.
  • Consoude : engrais potassique (pour les fruits?) et alcalin.
  • Sureau : fongicide et insectifuge (pucerons).
  • Baies? de sureau (en infusion), ail, pyrèthre : insecticide.
  • Fougère-aigle, tanaisie : insectifuge.
  • Capucine, raifort, prêle, bouleau : fongicide.
  • Rhubarbe : insectifuge et anti limaces.
  • Bardane, rumex...

- Arrêté du 18 avril 2011 autorisant la mise sur le marché du purin d’ortie en tant que préparation naturelle peu préoccupante à usage phytopharmaceutique (NOR : AGRG1110856A), avec en annexe une « Recette de fabrication et conditions d’utilisation du purin d’ortie » (PNPP n° 2011-01).

- Note de service DGAL/SDQPV/N2011-8095 du 18 avril 2011 (NOR : AGRG1008143N) : « Liste de référence des éléments naturels à partir desquels sont susceptibles d’être élaborées les préparations naturelles peu préoccupantes à usage phytopharmaceutique ».

- Purin d’orties et Cie, livre de Jean-Paul Collaert, Éric Petiot et Bernard Bertrand, éditions de Terran (2009). 24 plantes sauvages ou cultivées y sont décrites.


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