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Le capitulaire De villis vel curtis imperialibus

vendredi 23 octobre 2015

Le capitulaire De villis vel curtis imperialibus [1] ou Capitulare de villis vel curtis imperii, plus connu sous le nom de « capitulaire De Villis » est un texte réglementaire assez large (70 articles? ou petits chapitres : « capitules? ») dont on ne cite souvent que la partie botanique du capitule (capitula) 70 mais aussi les plantes des capitules 43 [2], 44 [3] et 62 [4].

Si le « capitulaire » est effectivement un texte complexe, c’est toutefois — pour nous aussi — cette seule partie botanique qui nous intéresse ici.

Notamment le capitule? 70 et dernier qui est une liste :

«Volumus quod in horto omnes herbas habeant, is est: lilium, rosas, fenigrecum, costum, salviam, rutam, abrotanum, cucumeres, pepones, cucurbitas, fasiotum, ciminum, ros marinum, careium, anesum, coloquentidas, solsequiam, ameum, silum, lactucas, git, eruca alba, nasturtium, parduna, puledium, olisatum, petreselinum, apium, leisticum, savinam, anetum, fenicolum, intubas, diplamnum, sinape, satureiam, sisimbrium, mentam, mentastrum, tanazitam, neptam, fegrefugiam, papaver, betas, vulgigina, mismalvas, adripias, blidas, ravacaulos, caulos, uniones, britlas, porros, radices, ascalonicas, cepas, alia, warentiam, cardones, fabas majores, pisos mauriscos, coriandrum, cerfolium, lacteridas, sclareiam. Et ille hortulanus habeat super domum suam Jovis barbam.
De arboribus volumus quod habeant pomarios diversi generis; pirarios diversi generis; prunarios diversi generis; sorbarios, mespilarios, castanearios, persicarios diversi generis, cotonarios, avellanarios, amandalarios, morarios, lauros, pinos, ficus, nucarios, veresarios diversi generis. Malorum nomina: gozmaringa, geroldinga, crevedella, spirauca, dulcia, acriores, omnia servatoria; et subito comessura; primitiva. Pecariciis servatoria trium et quartum genus, dulciores, et cocciores, et serotina.»

=
« Nous voulons qu’ils aient dans les jardins des plantes de toutes espèces?, savoir : le lis, les roses, le fénugrec, la menthe-coq, la sauve, la rue, l’aurone, les concombres, les citrouilles, les calebasses et artichauds d’Espagne, le haricot[?] [5], le cumin officinal, le romarin, le carvi, le pois-chiche, la scille, le glaïeul, la serpentaire, l’anis, les coloquintes, l’héliotrope, le méum d’athamante, le sésili de Marseille, les laitues, la patte d’araignée, l a roquette, le cresson alénois, la bardane, le pouliot, le maceron commun, le persil, le céleri, la livèche, la sabine, l’aneth, le fenouil doux, les chicorées, le dictame de Crète, la moutarde, la sarriette, la menthe aquatique, la menthe des jardins, la menthe à feuille? rondes, la tanaisie, l’herbe-aux-chats, la petite centaurée, le pavot des jardins, les bettes, le cabaret, les guimauves, les carottes, les panais, l’arroche des jardins, les amarantes blettes, les choux-raves, les choux, les oignons, les appétits, les poireaux, les raves et radis, les échalotes, les ciboules, les aulx, la garance, les chardons à bonnetier, les fèves des marais, les pois, la coriandre, le cerfeuil, les épurge, l’orvale.
Que le jardinier ait sur sa maison de la joubarbe.
Quand aux arbres, nous voulons que nos intendants aient des pommiers de diverses espèces, des poiriers de diverses espèces, des pruniers de diverses espèces, des sorbiers, des néfliers, des châtaigniers, des pêchers de diverses espèces, des coignassiers, des aveliniers, des amandiers, des mûriers, des lauriers, des pins, des figuiers, des noyers, des cerisiers de diverses espèces.
Noms des pommes : gozmaringa, geroldinga, crevedella, spirauca, les unes douces, les autres aigres, toutes de garde ; et celles qu’on mange aussitôt cueillies, et qui sont hâtives.
Poires de garde de trois ou quatre espèces, douces, à cuire, ou tardives.
 »

Nous n’avons pas repris les noms linnéens proposés par Guérard car la concordance des noms du texte carolingien avec ces espèces est souvent discutée, ainsi Wikipédia en français en donne une interprétation différente (22 octobre 2015) :

« Nous voulons que l’on cultive dans le jardin toutes les plantes, à savoir : lis, roses, fenugrec, costus [balsamite ?], sauge, rue, aurone, concombres, melons, gourde, dolique, cumin, romarin, carvi, pois chiche, scille (oignon marin), iris, estragon, anis, coloquinte, chicorée amère, ammi, chervis, laitue, nigelle, roquette, cresson (de terre ou nasitort), bardane, menthe pouliot, maceron, persil, ache, livèche, sabine, aneth, fenouil, chicorée, dictame, moutarde, sarriette, nasitort, menthe, menthe sauvage, tanaisie, cataire, grande camomille, pavot, bette, asaret, guimauve, mauve, carotte, panais, arroche, blette, chou-rave, chou, oignons, ciboulette, poireau, radis (ou raifort), échalote, ciboule, ail, garance, cardon, fève, pois, coriandre, cerfeuil, épurge, sclarée. »

Les correspondances présentes sur notre site hortical

Celles-ci sont encore différentes et peuvent encore varier. Notre principale source reste toutefois Michel Boutineau.

ail (Allium sativum) — aneth (Anethum graveolens) — anis (Pimpinella anisum) — arroche (Atriplex hortensis) — aurone (Artemisia abrotanum) — balsamite (Balsamita major) — bardane, grande (Arctium lappa) — blé_ (Triticum aestivum) — buis (Buxus sempervirens) — camomille, grande (Tanacetum parthenium) — cardère cultivée (Dipsacus sativus) — cardon (Cynara cardunculus) — carotte (Daucus carota) — carvi (Carum carvi) — cataire (Nepeta cataria) — cerfeuil (Anthriscus cerefolium) — cerisier (Prunus avium) — chanvre (Cannabis sativa) — charme (Carpinus betulus) — châtaignier (Castanea sativa) — chicon (chicorée-endive) (Cichorium intybus) — chou-rave (Brassica oleracea gongylodes) — choux (Brassica oleracea) — ciboule (Allium fistulosum) — ciboulette (Allium schoenoprasum) — cognassier (Cydonia oblonga) — concombre (Cucumis sativus) — coriandre (Coriandrum sativum) — cormier (Sorbus domestica) — cresson alénois (Lepidium sativum) — cumin (Cuminum cyminum) — dolique (mougette de Provence) (Vigna unguiculata cylindrica) — échalote (Allium ascalonicum) — estragon (Artemisia dracunculus) — fenouil (Foeniculum vulgare) — fénugrec (Trigonella foenum-graecum) — fève (Vicia faba) — garance des teinturiers (Rubia tinctorum) — guimauve (Althaea officinalis) — iris faux-acore (Iris pseudoacorus) — joubarbe des toits (Sempervivum tectorum) — laitue (Lactuca sativa) — laurier sauce (Laurus nobilis) — lin_ usuel (Linum usitatissimum) — lis (Lilium bulbiferum) — livêche (Levisticum officinale) — mauve sylvestre (Malva sylvestris) — melon (Cucumis melo) — menthe pouliot (Mentha pulegium) — navet (Brassica rapa) — néflier (Mespilus germanica) — nigelle de Damas (Nigella damascena) — noisetier (Corylus avellana) — noyer (Juglans regia) — oignon (Allium cepa) — panais (Pastinaca sativa) — pastel (Isatis tinctoria) — pavot somnifère (œillette) (Papaver somniferum) — pêcher (Prunus persica) — persil (Petroselinum crispum) — pin sylvestre (Pinus sylvestris) — poireau (Allium porrum) — poirée (Beta vulgaris cicla) — poirier (Pyrus communis) — pois (Pisum sativum) — pommier (Malus domestica) — prunier (Prunus domestica) — radis (Raphanus sativus) — raifort (Armoracia rusticana) — renouée bistorte (Polygonum bistorta) — romarin (Rosmarinus officinalis) — roquette (Eruca sativa) — rue officinale (Ruta graveolens) — sarriette des jardins (Satureja hortensis) — sarriette vivace (Satureja montana) — sauge officinale (Salvia officinalis) — sauge sclarée (Salvia sclarea) — tanaisie (Tanacetum vulgare) — vigne (Vitis vinifera) .
 

Lien Gallica du texte de Benjamin Guérard :
qrcode:http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6358436s

Notes

[1Daté de 795, d’après Michel Boutineau. In : Botineau, Michel. Les Plantes du jardin médiéval. Belin (coll. Éveil nature), 2001. 187 p. — ISBN 978-2-7011-3785-1. — p. 11.
La transcription et la traduction utilisées sont celles de Benjamin Guérard (Bibliothèque de l’École des cartes, année 1853, volume 14, n° 1. Parue la même année en volume chez Firmin Didot sous le titre Explication du capitulaire De villis).

[2« Ad genetia nostra, sicut institutum est, opera ad tempus dare faciant, id est linum, lanam, waisdo, vermiculo, warentia, pectinos, laninas, cardones, sapones, unctum, vascula, vel reliqua, minutia quae ibidem necessaria sunt. »
= « Que nos intendants fassent donner, en temps convenable, à nos gynécées, selon l’usage établi, les choses nécessaires pour le travail, c’est-à-dire du lin, de la laine, de la guède, de la teinture en vermeil, de la garance, des peignes à laine, des chardons, du savon, de la graisse, des vaisseaux, et les autres objets dont on a besoin aux gynécées. »

[3« De quadragesimale duae partes ad servitium nostrum veniant per singulos annos, tam de leguminibus quamque et de piscato, seu formatico, butirum, mel, sinape, aceto, milio, panicio, herbulas siccas vel virides, radices, napos, insuper et ceram, vel saponem atque cetera minutia ; et quod reliquum fuerit, nobis per brevem, sicut supra diximus, innotescant, et nullatenus hoc mermittant, sicut usque nunc fecerunt ; quia per illas duas partes volumus cognoscere de illa tertia quae remansit. »
= « Qu’ils nous envoient chaque année, pour notre service, les deux tiers des aliments maigres, tant en légumes, qu’en poisson, fromages, beurre, miel, moutarde, vinaigre, millet, panic, herbes sèches et vertes, radis et navets, et, de plus, les deux tiers de la cire, du savon et des autres denrées de cette espèce ; et qu’ils nous fassent connaître ce qui sera de reste, au moyen d’un état qu’ils nous en adresseront, ainsi que nous l’avons dit ci-dessus. Mais qu’ils négligent pas ce devoir, comme ils l’on négligé jusqu’à ce jour ; car nous voulons vérifier par les deux tiers envoyés la quantité du tiers restant. »

[4« Ut unusquisque judex per singulos annos ex omni conlaboratione nostra, quam cum bubus quos bubulci nostri servant, quid de mansis qui arare debent, quid de sogalibus, quid de censis, quid de fida facta vel freda, quid de feraminibus in forestis nostris sine nostro permisso captis, quis de diversis conpositionibus ; quid de molinis, quid de forestibus, quid de campis, quid de pontibus vel nevibus ; quid de liberis hominibus et centinis qui partibus fisci nostri deserviunt ; quid ne mercatis ; quid de vineis ; quid de illis qui vinum solvunt ; quid de feno ; quid de lignariis, et faculis ; quid axilis, vel aliud materianem ; quid de nucibus, majoribus vel minoribus ; quid de frugibus arborum ; quid de proterariis ; quid de leguminibus ; quid de milio, et panigo ; quide de lana, lino, vel canava ; quid de frugibus arborum ; quid de nucibus, majhoribus vel minoribus ; quid de insitis ex diversis arboribus ; quid de hortis ; quid de napibus ; quid de wiwariis ; quid de coriis ; quid de pellibus ; quid de cornibus ; quid de melle et cera ; quid de uncto, et siu, vel sapone ; quid de morato, vino cocto, medo, et aceto ; quid de cervisa ; de vino novo et vetere ; de annona nova et vetere ; quid de pullis et ovis, vel anseribus, id est aucus ; quid de piscatoribus, de fabris, de scutariis, vel sutoribus ; quid de hucitis, et confinis, id est scriniis ; quid de tornatoribus, vel sellariis ; de ferrariis et scrobis, id est fossis ferrariciis, vel aliis fossis, plumbariciis ; quid de tributariis ; quid de poledris, et pulrellis, habuerint, omnia seposita distincta et ordinata, ad nativitatem Domini nobis notum faciant, ut scire valeamus, quid vel quantum de singulis rebus habeamus. »
= « Que nos intendants nous adressent tous les ans, à Noël, sur des états séparés, des comptes clairs et méthodiques de tous nos revenus ; afin que nous puissions connaître ce que nous avons et combien nous avons de chaque chose, à savoir : le compte de nos terres labourées avec les bœufs que nos bouviers conduisent, et de nos terres labourées par les possesseurs des manses qui nous doivent le labour ; le compte des porcs, des cens, des obligations et des amendes ; celui du gibier pris dans nos bois sans notre permission, et celui des diverses compositions ; celui des moulins, des forêts, des champs, des ponts, des navires ; celui des hommes libres et celui des centaines engagées envers notre fisc ; celui des marchés, celui des vignes et de ceux qui nous doivent du vin ; le compte du foin, du bois à brûler, des torches, des planches et des autres sortes de bois d’œuvre ; celui des terres incultes ; celui des légumes, du millet et du panic, de la laine, du lin, du chanvre ; celui des fruits des arbres, des noyers, des noisetiers, des arbres greffés de toutes les espèces, et des jardins ; celui des navets ; celui des viviers ; celui des cuirs, des peaux et de cornes d’animaux ; celui du miel, de la cire, de la graisse, du suif et du savon ; du vin de mûres, du vin cuit, de l’hydromel, du vinaigre, de la bière, du vin nouveau et du vin vieux ; du blé nouveau et du blé ancien ; celui des poules et des œufs ; celui des oies ; les comptes des pêcheurs, des ouvriers en métaux, des fabricants d’écus et des cordonniers ; celui des huches et des boîtes ; celui des tourneurs et des selliers ; celui des forges, celui des mines de fer, de plomb et des autres mines ; celui des tributaires, et celui des poulains et des pouliches. »

[5Ici, Benjamin Guérard donne pour haricot Phaseolus vulgaris L. qui viendra plus tard d’Amérique. Il aurait du penser à la dolique mongette (Vigna unguiculata).


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